Des textes écrits lentement.
À lire sans bruit.
Quand le monde baisse le volume.À lire sans ordre imposé.
Cette image a été créée par IA.

J’écris des poèmes et des textes courts parce que je ne crois pas aux longues explications.
L’essentiel ne s’étire pas, il surgit. Il tient parfois dans une image, une phrase, un silence entre deux lignes.
J’écris court pour laisser de l’espace. À celui qui lit, à ce qu’il ressent, à ce qu’il projette. Un poème n’est pas un mode d’emploi, c’est une porte entrouverte. Chacun y entre avec son propre poids.
J’écris des poèmes parce qu’ils acceptent l’inachevé. Ils n’exigent pas de conclusion nette, pas de morale propre. Ils vivent très bien avec le doute, l’ambiguïté, le trouble. Moi aussi.
J’écris bref parce que le monde est déjà trop bruyant. Mes textes cherchent le murmure, pas le discours. Une phrase juste vaut mieux qu’un paragraphe bavard.
J’écris pour capter des instants qui ne reviendront pas : une pensée qui traverse, une émotion sans nom, une image qui s’efface si on ne la fixe pas tout de suite. Le texte court est une photographie de l’intérieur.
J’écris des poèmes parce qu’ils ne mentent pas longtemps. On ne peut pas tricher sur trois lignes. Soit ça tient debout, soit ça s’effondre.
Et si je continue à écrire ainsi, c’est parce que parfois, une phrase suffit.
Quand elle tombe juste, elle parle bas, mais elle reste.
L’horloge qui marche à reculons
Le temps est un fleuve immobile
qui coule plus vite quand on s’arrête.
Il use les pierres, polit les visages,
mais laisse intact ce qu’on n’a jamais osé vivre.
Il avance en nous regardant fuir,
boiteux quand on l’attend,
sprinter quand on détourne les yeux.
On le perd surtout quand on croit le tenir.
Il a des poches pleines de souvenirs
et des mains vides de demain.
Il promet toujours plus tard
et encaisse tout de suite.
Le temps vieillit les corps
mais rajeunit les regrets.
Il efface les dates,
grave les instants sans calendrier.
Il passe, dit-on.
En réalité, c’est nous qui passons en lui,
comme des passagers pressés
dans un train qui n’a jamais de gare.
Et quand enfin il se tait,
quand l’aiguille s’immobilise,
on comprend trop tard
qu’il n’était pas un ennemi,
mais le seul témoin fidèle
de ce que nous avons été.
La Mélancolie, horlogère de l’ombre
La mélancolie est reine au royaume des heures,
Elle couronne mes jours d’un silence qui pleure ;
Elle verse dans mes veines un miel lent et amer,
Dont la douceur m’endort autant qu’elle m’altère.
Elle éclaire mes nuits d’un soleil noir et froid,
Un astre qui réchauffe en condamnant la foi ;
Je brûle à son contact d’un feu qui ne flamboie
Que pour mieux révéler la cendre de ma joie.
Elle parle à voix basse avec des mots trop grands,
Des syllabes de brume aux parfums d’autrefois ;
Chaque souvenir y meurt en naissant vivant,
Présent déjà fané sous le masque du choix.
Le temps, son compagnon, me sculpte en me fuyant,
Il grave sur mon front l’énigme du retard ;
Je cours vers l’avenir en regardant l’instant
Se dissoudre à rebours dans le verre du hasard.
Ô douce tyrannie aux chaînes invisibles,
Tu fais naître le manque au cœur de l’abondance ;
Je te hais quand tu viens, je t’appelle quand tu vibres,
Car tu fais de la perte une étrange présence.
Ainsi je marche entier dans ce qui me divise,
Riche de ce qui manque, apaisé de mes plaies ;
La mélancolie rit de ma logique brisée
Et m’offre un clair-obscur pour mieux voir ce qui luit.
Cartographie intérieure
Je marche en m’exilant pour mieux me retrouver,
Chaque pas est un port que l’âme va quitter.
Les routes sont des phrases écrites par la Terre,
Où le vent met des mots dans la bouche des pierres.
Je plie mes certitudes comme on plie des cartes,
Car l’ailleurs me corrige et parfois me désarme.
Le monde est un miroir qu’on traverse en silence,
Un pays n’est jamais qu’une autre conscience.
J’ai bu des ciels brûlants au calice des déserts,
Dormant sous des étoiles aux alphabets ouverts.
La mer m’a enseigné ses langues sans rivage,
Où l’horizon recule à mesure du courage.
Chaque ville est un livre au dos mal refermé,
Dont les pages sentent le pain, la rouille, le café.
On y lit des destins à l’encre des visages,
Et l’on signe soi-même au bas de chaque âge.
Je reviens différent, lesté d’invisible,
Plus vaste à l’intérieur, plus calme, plus fragile.
Car voyager, au fond, n’est jamais s’éloigner :
C’est apprendre à rester, autrement habité.
