Une colonne vertébrale de pierre dressée entre ciel et terre, indifférente aux agendas humains. Ici, la gravité se souvient de sa mission et
la lumière apprend à glisser autrement.
Annecy se tient au pied des montagnes comme une confidence. L’eau du lac est si claire qu’elle semble avoir renoncé à mentir. Elle reflète les sommets, mais aussi les façades pastel, les ponts, les balcons fleuris. La ville respire lentement. On y entend le clapotis avant les moteurs, les pas avant les slogans. L’air est vif sans être cruel, et le matin a souvent ce goût de départ possible. Annecy n’impressionne pas, elle apaise.
C’est une main posée sur l’épaule du monde.
Chamonix, elle, ne caresse pas. Elle convoque.
Le Mont-Blanc domine comme une idée trop grande pour être contredite. Les glaciers craquent, les parois verticales rappellent que l’humain n’est qu’un visiteur poli — parfois imprudent. Ici, tout est plus tranché : la lumière, le silence, l’effort. Chamonix ne promet rien, elle exige. Chaque pas y est une négociation avec la pente, chaque regard vers le sommet une leçon d’humilité. La beauté n’y est pas décorative, elle est radicale.
Entre Annecy et Chamonix, les Alpes jouent sur deux registres.
La douceur et l’absolu.
Le miroir et l’abîme.
Un territoire où l’on vient soit pour se retrouver, soit pour se perdre volontairement —
et souvent pour les deux à la fois.
Coup de cœur du photographe : les alpinistes. Qu’en pensez-vous ?

Cette photo est mon coup de cœur parce qu’elle me remet à ma place. Elle me rappelle, sans brutalité mais sans détour, que je suis petit, fragile, provisoire… et que ce n’est pas une mauvaise nouvelle.
Quand je la regarde, je ressens immédiatement le poids de la montagne. La roche est massive, indifférente, presque éternelle. Elle ne m’accueille pas, elle me tolère. Et paradoxalement, ça me rassure. Dans cet univers minéral, tout ce qui relève de l’ego disparaît. Il ne reste que l’essentiel : avancer, tenir, respirer.
Les silhouettes humaines sont minuscules, presque anecdotiques. Elles ne dominent rien, elles s’organisent, elles s’entraident. Cette petite tache de couleur au milieu du chaos de pierre me touche profondément. Elle dit la solidarité, la lucidité, le courage calme. Pas l’héroïsme spectaculaire, mais celui qui consiste à être là, ensemble, malgré le froid, malgré la fatigue, malgré le risque.
Ce qui me bouleverse, c’est le contraste. La violence géologique autour, et au cœur de tout ça, une pause. Un abri précaire, une tente rouge, une respiration collective. Comme si, même dans les endroits les plus hostiles, l’humain trouvait encore le moyen de créer un foyer, aussi fragile soit-il.
Si cette photo est mon coup de cœur, c’est parce qu’elle me parle de persévérance sans grand discours. Elle me rappelle que les plus grandes traversées ne se font pas dans le bruit, mais dans l’endurance, la patience, et le lien aux autres. Elle me donne envie d’avancer, pas pour conquérir, mais pour comprendre jusqu’où je peux aller en restant humble.























